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Quand la nuit fait basculer le droit : Venezuela, peur et souveraineté

En pleine nuit, la peur et la violence ont fait irruption dans les appartements vénézuéliens : missiles, bombes, balles, tout a résonné dans le silence des quartiers d’habitation, avant même la levée du jour. De longues heures se sont écoulées avant que le monde réalise pleinement ce qui s’était passé. Certes, dans l’intervalle, les hypothèses ont tracé leur route ; une chose était pourtant certaine : quelque chose avait changé. Rapidement, les mots ont tenté de rattraper le fracas. Les communiqués ont couru derrière les déflagrations, avec ce décalage tragique que l’histoire impose toujours : la réalité va plus vite que notre capacité à la comprendre. Au Venezuela, le pouvoir a dénoncé une « agression militaire » et annoncé l’état d’urgence. Dans le même souffle, les États-Unis ont revendiqué une opération d’ampleur et la capture du président Nicolás Maduro. Les autres États, eux, ont fait ce que font tous les États lorsque la nuit est trop épaisse : ils ont deman...

La cage dorée et la mort de l’âme

Au tournant des années 1960, puis jusqu’au début des années 1970, John B. Calhoun a mené une série d’expériences qui ont longtemps été racontées comme une simple histoire de surpopulation. En réalité, l’angle était plus dérangeant. L’idée consistait à retirer du monde tout ce qui, d’ordinaire, explique la souffrance : la faim, le manque d’eau, le froid, la prédation, l’insécurité. À la place, un environnement fermé, stable, protecteur. Une utopie technique. Une cage confortable. Au commencement, le scénario semble donner raison à la promesse moderne. Les souris s’installent, explorent, construisent, se reproduisent. La vie se déploie comme on déploie une certitude : si les besoins sont comblés, la paix suivra. Puis quelque chose change, sans que la nourriture ne se raréfie, sans que l’eau ne manque, sans que le danger extérieur apparaisse. Ce qui se dérègle n’est pas d’abord le corps. Ce qui se fissure, c’est l’organisation du lien. Calhoun observe une montée des tensions, des agressio...

Le Radeau de la Méduse

Tout le monde connaît ce fameux tableau du Radeau de la Méduse peint par Jean-Louis André Théodore Géricault. On y voit des hommes en détresse, aspirant à un sauvetage sur une mer déchaînée. Seuls les humains vivants n’y ont pas leur place : plusieurs naufragés décédés y figurent également, comme une présence lourde, muette, impossible à ignorer. Ces naufragés espèrent un sauvetage. Ils espèrent que d’autres viendront les arracher à une mort presque certaine. Lorsqu’on observe l’environnement de ce radeau perdu en pleine mer, avec des vagues menaçantes qui l’enserrent, une question s’impose : peuvent-ils seulement s’en sortir ? Auront-ils l’opportunité de voir un lendemain ? Ce sont des questions légitimes, mais ce sont aussi des questions qui nous projettent immédiatement dans notre propre humanité. Notre monde ne ressemble-t-il pas à ce portrait de la détresse ? Ne sommes-nous pas, nous-mêmes, en perdition ? Si nous prenons le temps d’observer ce qui nous...