Au tournant des années 1960, puis jusqu’au début des années 1970, John B. Calhoun a mené une série d’expériences qui ont longtemps été racontées comme une simple histoire de surpopulation. En réalité, l’angle était plus dérangeant. L’idée consistait à retirer du monde tout ce qui, d’ordinaire, explique la souffrance : la faim, le manque d’eau, le froid, la prédation, l’insécurité. À la place, un environnement fermé, stable, protecteur. Une utopie technique. Une cage confortable. Au commencement, le scénario semble donner raison à la promesse moderne. Les souris s’installent, explorent, construisent, se reproduisent. La vie se déploie comme on déploie une certitude : si les besoins sont comblés, la paix suivra. Puis quelque chose change, sans que la nourriture ne se raréfie, sans que l’eau ne manque, sans que le danger extérieur apparaisse. Ce qui se dérègle n’est pas d’abord le corps. Ce qui se fissure, c’est l’organisation du lien. Calhoun observe une montée des tensions, des agressio...
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